Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté à une messe.
J’entends par « messe », une messe classique où il ne s’agissait ni de marier, ni de baptiser, ni d’enterrer quelqu’un. Je fais une différence car à mes yeux, il y en a une. Dans les cas sus-cités, je fais toujours bonne figure car ce type de conventions sociales me pèsent lourdement et me les brisent menues-menues. Toutefois, même je suis socialement inadaptée, je suis une fille sympa - quand on me connaît - et je suis prête à donner de ma personne si j’estime que l’évènement en vaut la peine. En gros si vous m’avez invitée à votre mariage ou au baptême de votre petite dernière, et que je ne me suis pas présentée, c’est qu’à priori je n’en avais rien à carrer, donc vous pouvez me rayer de votre calepin. Oui, je suis aussi une enflure de première ordre et comme me l’a dit un jour mon podologue « ah mais en fait vous n’aimez pas les gens ! ». J’ai des conversations hyper pointues avec mon podologue.
Par le passé, j’ai déjà franchi la porte de la maison de dieu (volontairement je ne mets pas de majuscule), et même pas plus tard qu’il y a quatre semaines pour accompagner mon beau-père jusque dans sa dernière demeure. J’ai d’ailleurs apprécié cette messe en son honneur, car sur la forme elle était suffisamment éloignée des archétypes religieux en général et catholiques en particulier pour être émouvante et surtout pour rendre à R. l’hommage qu’il méritait. On a pu y écouter Isabelle Aubrey chantant Le Ciel, la Terre et l’Eau tirée de la bande originale d’Alexandre le Bienheureux de Vladimir Cosma, la fable Le Chêne et le Roseau de Jean de la Fontaine et la chanson Le Chasseur de Michel Delpech. Mon mari et moi avions choisi ces musiques et ces textes, ça a dû jouer un peu (humour !). J’ai aimé qu’on nous laisse le choix. En outre ce n’est pas un prêtre qui a orchestré la cérémonie, mais un diacre ce qui à mon sens change radicalement la donne. Quand le gars parle d’amour, il sait de quoi il retourne.
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté à une messe.
A l’âge avancé de 50 ans (51 dans cinq mois), pas baptisée, ne sachant pas dans quel sens la main doit tourner pour faire un signe de croix, mariée sous un buste de Marianne après 20 années de vie commune dans le péché, n’ayant jamais réussi à atteindre le bas d’une seule page de la bible (z’avez compris pour les majuscules) et lui ayant préféré les ouvrages Jésus de Nazareth de Paul Verhoeven, Jésus le Bon et Christ le Vaurien de Philip Pullman, et quelques œuvres de Neil Gaiman, je me voyais tout naturellement continuer à faire fi de certaines traditions religieuses, comme celle d’aller à la messe dominicale pour chanter les louanges d’un être surnaturel tout droit sorti d’un film fantastique de série B, et créé par l’Homme pour se mentir à lui-même sur ses propres faiblesses. Ah comme dieu a bon dos, et comme il est bien pratique ! Soit dit en passant, je vous encourage vivement à lire le bouquin de Verhoeven, grandiose… et j’espère qu’il finira par le réaliser son putain de film sur jésus !
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté à une messe.
Je n’ai pas soudainement viré ma cuti, j’étais invitée par ma belle-mère. Il semblerait qu’il soit de coutume qu’après avoir payé l’église pour l’organisation d’un enterrement, un mois plus tard le nom du défunt soit cité devant toute la communauté lors de la messe du dimanche matin (qui a lieu le samedi soir dans le village dont il est question dans mon histoire). Je vous avoue que le concept m’a laissée coite.
Mon mari avait tout autant envie que moi de passer un déguisement de grenouille de bénitier mais pour R., nous étions et sommes encore tous deux prêts à tout. Donc me voilà partie pour la messe, dans la joie et l’alégresse !
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté à une messe.
Il s’agissait de la messe du quatrième dimanche de carême, dont le but est de se préparer pour les fêtes pascales (rien à voir avec Pedro). A titre perso, chaque année ma préparation consiste principalement à cuisiner un gâteau et à me rendre à la chocolaterie de mon village pour m’approvisionner en œufs, fritures et autres dinosaures de pâques (car oui, pour mon plus grand bonheur, ma chocolatière aime diversifier son terrain de jeu). En vrac, ont été traités la pénitence, l’aveuglément et la lumière, la boue dans les yeux et les pêcheurs, les bergers et les agneaux, le pain et le vin, les malades, les puits et la soif, le renoncement aux ténèbres et la délivrance. Le curé a également partagé avec nous le récit de son récent week-end à Chartres dont les vitraux de la cathédrale sont entachés par la fumée des cierges. J’imagine que c’était le gag Carambar du jour. Très honnêtement j’ai trouvé le temps pas mal longuet et au-delà du fait que j’ai vécu là de grands moments de solitude ne sachant pas où positionner mon corps, mon esprit a très souvent vagabondé pour se poser ici ou là. J’ai ri intérieurement quand mon mari m’a discrètement donné un coup de coude en me disant qu’il était à « ça » de se barrer. J’ai revu mentalement la scène de l’église du film Kingsman et j’ai entendu dans ma tête la voix de Colin Firth aka Galahad : « I'm a catholic whore currently enjoying congress out of wedlock with my black jewish boyfriend who works at a military abortion clinic. So hail Satan, and have a lovely afternoon, Madam. »
J’ai eu très froid quand, après quelques rafales de vent, on s’est rapidement rendu compte qu’un abruti avait laissé la porte ouverte et un méchant courant d’air est venu frapper ma nuque de plein fouet. Heureusement j’avais prévu ma veste à capuche de Jedi. J’ai de nouveau ri quand mon mari m’a dit qu’il voulait aller refermer cette fichue porte. Puis j’ai eu très chaud quand les autorités locales se sont autorisées à tourner enfin le bouton de chauffage et j’ai ri à nouveau, mais cette fois de bon cœur quand j’ai compris pourquoi ma belle-mère avait à notre arrivée choisi ce banc et pas un autre. « C’était le banc de R. quand il venait à l’église, lui et aucun autre, donc on va s’assoir ici. » Lors de la réunion de la préparation des obsèques, le diacre nous avait demandé de décrire chacun à notre tour, en deux ou trois mots seulement, ce qu’évoquait en nous le souvenir de R. J’ai répondu que « R. était brillant, avait en outre une intelligence émotionnelle extrême, et comprenait tout avant tout le monde. » R. avait compris que le banc en question était situé précisément au-dessus de la grille de chauffage. Merci R.
Je vous passe mes quelques moments d’égarement où je ne savais plus du tout à quel moment on se situait par rapport au petit programme gentiment distribué par l’église. « T’es sure qu’on en est encore à la page 1 ? » Ça n’avançait donc pas du tout, j’ai bien cru qu’on allait y passer la nuit, d’ailleurs la lumière du jour ne transparaissait plus du tout à travers les jolis vitraux colorés et la fumée des cierges n’étaient nullement à incriminer.
J’ai admiré le plafond d’un bleu lumineux et céleste presque sublime. Comme me l’avait dit mon ami C. le jour de l’enterrement de R. « Je n’aime pas les églises mais celle-ci a été superbement restaurée et est magnifique, surtout le plafond. » Je ne peux qu’approuver.
J’ai trouvé pour le peu crispant de devoir me lever et me rassoir à tout bout de champ. « Jacques a dit levez la jambe droite ! » « Jacques a dit, tapez-vous sur la tête ! » « Asseyez-vous ! » « Eh non, j’ai pas dit Jacques a dit, perdu ! » Le curé nous a également expliqué que de notre position dépendait notre compréhension des textes récités. Debout et immobile, j’ai surtout mal au dos.
J’ai craint qu’on m’oblige à avaler de l’hostie, ignorant si mon corps allait supporter l’absorption de ce pain eucharistique bien énigmatique. Mon mari m’a immédiatement rassurée sur ce point : « T’inquiète, tu ne seras pas obligée de t'y coller. »
Je n’ai évidemment pas ouvert la bouche non plus pour chanter ou réciter les quelques vers bibliques sélectionnés par le curé et ses acolytes, même si je me suis rappelée, grâce à une passionnante vidéo de la chaîne Youtube ‘Fouloscopie’ qu’une foule chante toujours juste. Ma voix de crécelle n’avait rien à voir là-dedans, c’est surtout que je ne connaissais pas les paroles. J’ai tout de même pu noter combien les dits vers étaient répétitifs et combien il était glaçant d’entendre 70 personnes (à un moment, je me suis tellement fait chier, que je me suis retournée pour compter les gens) répéter inlassablement les mêmes mots de manière monocorde et automatisée appris par cœur depuis la plus tendre enfance. A cet instant, j’étais tétanisée. Alors j’ai repensé à Galahad.
Enfin, j’ai trouvé un peu frustrant de ne pas entendre plus souvent le quatuor de musiciens présents qui auraient eu sans aucun doute plus de choses à dire si on leur avait laissé la parole. Plutôt que répéter encore et encore les mêmes vers mécaniquement, on aurait pu tout aussi bien tous se taire, admirer la lumière traverser les superbes vitraux, tout en écoutant les guitares, le violon, et les grelots.
Regrouper 70 personnes derrière une même idée de partage et de lumière, c’est formidable et émouvant. Vraiment. Il est parfaitement admirable de passer une partie de son samedi soir à donner ainsi de soi-même pour le bien être d’une communauté plutôt que de binge-watcher une série Netflix sur son smartphone tout seul sur son canap’ en bouffant du popcorn. Je reste néanmoins persuadée qu’en terme d’expérience humaine, une balade champêtre ou un concert de Bernard Lavilliers n’aurait pas été moins efficace, et que le plafond d’une église, aussi beau soit-il, ne remplacera jamais la voute céleste du dehors.
Que le cousin J. prof de sciences physiques ne soit pas venu car il avait, je cite, « sa douche à prendre » (véridique !) montre à quel point les préoccupations de l’église sont à des années-lumière de celles des vraies gens, là, sur Terre. Tous ces codes archaïques ne servent qu’à rassurer une poignée de personnes effrayées par l’avenir qui recherchent le salut après leur mort. Or la vie, c’est ici, maintenant. Tous sont rentrés chez eux soi-disant purifiés et prêts à accueillir je ne sais quelle félicité. Ces personnes ont-elles réellement besoin de la messe du samedi soir pour leur rappeler combien ils sont bons et combien ils aiment autrui ? Evidemment que non. Mais font-ils tout cela pour les autres ou bien pour eux-mêmes ?
La messe du samedi soir a en revanche besoin des chèques en euros encaissés après les enterrements pour faire revenir du monde à l’église un mois plus tard en espérant probablement conserver ce nouveau public en son sein. L’idée me débecte. Et l’église a besoin de fidèles pour remplir les panières au moment de la quête. Non seulement je suis une enflure, mais je suis aussi cynique.
Le curé a pris l’exemple des vitraux de la cathédrale de Chartres noircies par la fumée des cierges pour expliquer combien l’Homme, malgré ses bons sentiments et ses bonnes intentions, peut faire fausse en route en créant involontairement un problème. Paradoxalement il ne s’est pas demandé pourquoi ce soir son église n’était pas pleine, ni pour quelles raisons l’église connaissait une telle crise de vocations.
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté à une messe.
Samedi prochain je ne serai pas à l’église, ni le samedi suivant, ni celui d’après… mais j’ai aimé le fait que le nom de R. ait été prononcé dans cette église même où, tout jeunot, il avait, avec ses collègues enfants de cœurs, enfermé le curé dans la sacristie et où il avait remplacé le vin liturgique par de l’eau après avoir bu le saint sang avant la messe avec ses copains. Merci R., tu m’auras aidée jusqu’au bout, et continuera de le faire après la mort, grâce à toi j’ai eu la meilleure place et je n’ai pas pris froid.
Photo personnelle © - New York 2013
J’entends par « messe », une messe classique où il ne s’agissait ni de marier, ni de baptiser, ni d’enterrer quelqu’un. Je fais une différence car à mes yeux, il y en a une. Dans les cas sus-cités, je fais toujours bonne figure car ce type de conventions sociales me pèsent lourdement et me les brisent menues-menues. Toutefois, même je suis socialement inadaptée, je suis une fille sympa - quand on me connaît - et je suis prête à donner de ma personne si j’estime que l’évènement en vaut la peine. En gros si vous m’avez invitée à votre mariage ou au baptême de votre petite dernière, et que je ne me suis pas présentée, c’est qu’à priori je n’en avais rien à carrer, donc vous pouvez me rayer de votre calepin. Oui, je suis aussi une enflure de première ordre et comme me l’a dit un jour mon podologue « ah mais en fait vous n’aimez pas les gens ! ». J’ai des conversations hyper pointues avec mon podologue.
Par le passé, j’ai déjà franchi la porte de la maison de dieu (volontairement je ne mets pas de majuscule), et même pas plus tard qu’il y a quatre semaines pour accompagner mon beau-père jusque dans sa dernière demeure. J’ai d’ailleurs apprécié cette messe en son honneur, car sur la forme elle était suffisamment éloignée des archétypes religieux en général et catholiques en particulier pour être émouvante et surtout pour rendre à R. l’hommage qu’il méritait. On a pu y écouter Isabelle Aubrey chantant Le Ciel, la Terre et l’Eau tirée de la bande originale d’Alexandre le Bienheureux de Vladimir Cosma, la fable Le Chêne et le Roseau de Jean de la Fontaine et la chanson Le Chasseur de Michel Delpech. Mon mari et moi avions choisi ces musiques et ces textes, ça a dû jouer un peu (humour !). J’ai aimé qu’on nous laisse le choix. En outre ce n’est pas un prêtre qui a orchestré la cérémonie, mais un diacre ce qui à mon sens change radicalement la donne. Quand le gars parle d’amour, il sait de quoi il retourne.
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté à une messe.
A l’âge avancé de 50 ans (51 dans cinq mois), pas baptisée, ne sachant pas dans quel sens la main doit tourner pour faire un signe de croix, mariée sous un buste de Marianne après 20 années de vie commune dans le péché, n’ayant jamais réussi à atteindre le bas d’une seule page de la bible (z’avez compris pour les majuscules) et lui ayant préféré les ouvrages Jésus de Nazareth de Paul Verhoeven, Jésus le Bon et Christ le Vaurien de Philip Pullman, et quelques œuvres de Neil Gaiman, je me voyais tout naturellement continuer à faire fi de certaines traditions religieuses, comme celle d’aller à la messe dominicale pour chanter les louanges d’un être surnaturel tout droit sorti d’un film fantastique de série B, et créé par l’Homme pour se mentir à lui-même sur ses propres faiblesses. Ah comme dieu a bon dos, et comme il est bien pratique ! Soit dit en passant, je vous encourage vivement à lire le bouquin de Verhoeven, grandiose… et j’espère qu’il finira par le réaliser son putain de film sur jésus !
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté à une messe.
Je n’ai pas soudainement viré ma cuti, j’étais invitée par ma belle-mère. Il semblerait qu’il soit de coutume qu’après avoir payé l’église pour l’organisation d’un enterrement, un mois plus tard le nom du défunt soit cité devant toute la communauté lors de la messe du dimanche matin (qui a lieu le samedi soir dans le village dont il est question dans mon histoire). Je vous avoue que le concept m’a laissée coite.
Mon mari avait tout autant envie que moi de passer un déguisement de grenouille de bénitier mais pour R., nous étions et sommes encore tous deux prêts à tout. Donc me voilà partie pour la messe, dans la joie et l’alégresse !
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté à une messe.
Il s’agissait de la messe du quatrième dimanche de carême, dont le but est de se préparer pour les fêtes pascales (rien à voir avec Pedro). A titre perso, chaque année ma préparation consiste principalement à cuisiner un gâteau et à me rendre à la chocolaterie de mon village pour m’approvisionner en œufs, fritures et autres dinosaures de pâques (car oui, pour mon plus grand bonheur, ma chocolatière aime diversifier son terrain de jeu). En vrac, ont été traités la pénitence, l’aveuglément et la lumière, la boue dans les yeux et les pêcheurs, les bergers et les agneaux, le pain et le vin, les malades, les puits et la soif, le renoncement aux ténèbres et la délivrance. Le curé a également partagé avec nous le récit de son récent week-end à Chartres dont les vitraux de la cathédrale sont entachés par la fumée des cierges. J’imagine que c’était le gag Carambar du jour. Très honnêtement j’ai trouvé le temps pas mal longuet et au-delà du fait que j’ai vécu là de grands moments de solitude ne sachant pas où positionner mon corps, mon esprit a très souvent vagabondé pour se poser ici ou là. J’ai ri intérieurement quand mon mari m’a discrètement donné un coup de coude en me disant qu’il était à « ça » de se barrer. J’ai revu mentalement la scène de l’église du film Kingsman et j’ai entendu dans ma tête la voix de Colin Firth aka Galahad : « I'm a catholic whore currently enjoying congress out of wedlock with my black jewish boyfriend who works at a military abortion clinic. So hail Satan, and have a lovely afternoon, Madam. »
J’ai eu très froid quand, après quelques rafales de vent, on s’est rapidement rendu compte qu’un abruti avait laissé la porte ouverte et un méchant courant d’air est venu frapper ma nuque de plein fouet. Heureusement j’avais prévu ma veste à capuche de Jedi. J’ai de nouveau ri quand mon mari m’a dit qu’il voulait aller refermer cette fichue porte. Puis j’ai eu très chaud quand les autorités locales se sont autorisées à tourner enfin le bouton de chauffage et j’ai ri à nouveau, mais cette fois de bon cœur quand j’ai compris pourquoi ma belle-mère avait à notre arrivée choisi ce banc et pas un autre. « C’était le banc de R. quand il venait à l’église, lui et aucun autre, donc on va s’assoir ici. » Lors de la réunion de la préparation des obsèques, le diacre nous avait demandé de décrire chacun à notre tour, en deux ou trois mots seulement, ce qu’évoquait en nous le souvenir de R. J’ai répondu que « R. était brillant, avait en outre une intelligence émotionnelle extrême, et comprenait tout avant tout le monde. » R. avait compris que le banc en question était situé précisément au-dessus de la grille de chauffage. Merci R.
Je vous passe mes quelques moments d’égarement où je ne savais plus du tout à quel moment on se situait par rapport au petit programme gentiment distribué par l’église. « T’es sure qu’on en est encore à la page 1 ? » Ça n’avançait donc pas du tout, j’ai bien cru qu’on allait y passer la nuit, d’ailleurs la lumière du jour ne transparaissait plus du tout à travers les jolis vitraux colorés et la fumée des cierges n’étaient nullement à incriminer.
J’ai admiré le plafond d’un bleu lumineux et céleste presque sublime. Comme me l’avait dit mon ami C. le jour de l’enterrement de R. « Je n’aime pas les églises mais celle-ci a été superbement restaurée et est magnifique, surtout le plafond. » Je ne peux qu’approuver.
J’ai trouvé pour le peu crispant de devoir me lever et me rassoir à tout bout de champ. « Jacques a dit levez la jambe droite ! » « Jacques a dit, tapez-vous sur la tête ! » « Asseyez-vous ! » « Eh non, j’ai pas dit Jacques a dit, perdu ! » Le curé nous a également expliqué que de notre position dépendait notre compréhension des textes récités. Debout et immobile, j’ai surtout mal au dos.
J’ai craint qu’on m’oblige à avaler de l’hostie, ignorant si mon corps allait supporter l’absorption de ce pain eucharistique bien énigmatique. Mon mari m’a immédiatement rassurée sur ce point : « T’inquiète, tu ne seras pas obligée de t'y coller. »
Je n’ai évidemment pas ouvert la bouche non plus pour chanter ou réciter les quelques vers bibliques sélectionnés par le curé et ses acolytes, même si je me suis rappelée, grâce à une passionnante vidéo de la chaîne Youtube ‘Fouloscopie’ qu’une foule chante toujours juste. Ma voix de crécelle n’avait rien à voir là-dedans, c’est surtout que je ne connaissais pas les paroles. J’ai tout de même pu noter combien les dits vers étaient répétitifs et combien il était glaçant d’entendre 70 personnes (à un moment, je me suis tellement fait chier, que je me suis retournée pour compter les gens) répéter inlassablement les mêmes mots de manière monocorde et automatisée appris par cœur depuis la plus tendre enfance. A cet instant, j’étais tétanisée. Alors j’ai repensé à Galahad.
Enfin, j’ai trouvé un peu frustrant de ne pas entendre plus souvent le quatuor de musiciens présents qui auraient eu sans aucun doute plus de choses à dire si on leur avait laissé la parole. Plutôt que répéter encore et encore les mêmes vers mécaniquement, on aurait pu tout aussi bien tous se taire, admirer la lumière traverser les superbes vitraux, tout en écoutant les guitares, le violon, et les grelots.
Regrouper 70 personnes derrière une même idée de partage et de lumière, c’est formidable et émouvant. Vraiment. Il est parfaitement admirable de passer une partie de son samedi soir à donner ainsi de soi-même pour le bien être d’une communauté plutôt que de binge-watcher une série Netflix sur son smartphone tout seul sur son canap’ en bouffant du popcorn. Je reste néanmoins persuadée qu’en terme d’expérience humaine, une balade champêtre ou un concert de Bernard Lavilliers n’aurait pas été moins efficace, et que le plafond d’une église, aussi beau soit-il, ne remplacera jamais la voute céleste du dehors.
Que le cousin J. prof de sciences physiques ne soit pas venu car il avait, je cite, « sa douche à prendre » (véridique !) montre à quel point les préoccupations de l’église sont à des années-lumière de celles des vraies gens, là, sur Terre. Tous ces codes archaïques ne servent qu’à rassurer une poignée de personnes effrayées par l’avenir qui recherchent le salut après leur mort. Or la vie, c’est ici, maintenant. Tous sont rentrés chez eux soi-disant purifiés et prêts à accueillir je ne sais quelle félicité. Ces personnes ont-elles réellement besoin de la messe du samedi soir pour leur rappeler combien ils sont bons et combien ils aiment autrui ? Evidemment que non. Mais font-ils tout cela pour les autres ou bien pour eux-mêmes ?
La messe du samedi soir a en revanche besoin des chèques en euros encaissés après les enterrements pour faire revenir du monde à l’église un mois plus tard en espérant probablement conserver ce nouveau public en son sein. L’idée me débecte. Et l’église a besoin de fidèles pour remplir les panières au moment de la quête. Non seulement je suis une enflure, mais je suis aussi cynique.
Le curé a pris l’exemple des vitraux de la cathédrale de Chartres noircies par la fumée des cierges pour expliquer combien l’Homme, malgré ses bons sentiments et ses bonnes intentions, peut faire fausse en route en créant involontairement un problème. Paradoxalement il ne s’est pas demandé pourquoi ce soir son église n’était pas pleine, ni pour quelles raisons l’église connaissait une telle crise de vocations.
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté à une messe.
Samedi prochain je ne serai pas à l’église, ni le samedi suivant, ni celui d’après… mais j’ai aimé le fait que le nom de R. ait été prononcé dans cette église même où, tout jeunot, il avait, avec ses collègues enfants de cœurs, enfermé le curé dans la sacristie et où il avait remplacé le vin liturgique par de l’eau après avoir bu le saint sang avant la messe avec ses copains. Merci R., tu m’auras aidée jusqu’au bout, et continuera de le faire après la mort, grâce à toi j’ai eu la meilleure place et je n’ai pas pris froid.
Photo personnelle © - New York 2013

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